Jiao Gong, Labor Exchange Band

Le son des campagnes

 

 

" A Taiwan, le son de la ville est omniprésent. Nous voulons être une sorte de microphone rural, les porte-paroles des agriculteurs et des taiwanais qui vivent à la campagne. "

Dixit Lin Shenghsiang, le chanteur d'une des expériences musicales taiwanaises les plus intéressantes du moment : Jiao Gong.

 

 

Le groupe Jiao Gong sur scène

Les membres du groupe sont hakkanais (1) et se sont rencontrés au cours d'une manifestation contre l'installation d'un barrage dans la campagne de Kaohsiung, à Meinung. Ils se sont inspirés de l'état d'esprit des manifestants, qui lançaient des slogans ou chantaient des chansons hakkanaises dans un mégaphone, pour trouver l'âme de leur première formation, Kuantze Music Pit, devenue en 1998 Jiao Gong, le Labor Exchange Band. D'abord groupe de rock hakkanais, Jiao Gong a voulu trouver une identité musicale et a progressivement évolué vers un folk hakkanais, entre chansons traditionnelles et énergie puisée dans le rock. Cette fusion se caractérise dans l'architecture même du groupe :

 

 

 

Chant, guitare, guitare lune chinoise - Lin Shenghsiang

Basse - Chen Kuanyu

Percussions - Chung Chenda

Suona - Guo Jintsai

 

 

 

La section de percussions résume à elle seule l'esprit musical du Labor Exchange Band : plusieurs percussions traditionnelles chinoises sont assemblées sur le modèle d'une batterie. Chung Chenda en joue avec des rythmiques inspirées du rock et du folk mais les sons sont traditionnels : les cymbales sont des petits gongs, les fûts des tambours chinois…

Jiao Gong est maintenant un groupe unique à Taiwan. Ils défendent des valeurs écologiques et conçoivent leur musique comme un acte engagé : hier le barrage qui menaçait l'équilibre écologique et humain de la région de Meinung, aujourd'hui, avec leur dernier disque, l'entrée de Taiwan dans l'OMC et les retombées négatives sur les agriculteurs qui ont tant contribué au développement de l'île. Loin de la pop et de la mode taiwanaise, Jiao Gong démontre que la musique traditionnelle peut réellement s'ancrer dans les problématiques du présent.

 

Note (1)- La population taiwanaise comporte environ 12% de hakkanais. L'ethnie chinoise hakka, qui a souvent été opprimée, a migré au cours du temps du nord vers le sud de la Chine. C'est vers la fin du 18ème siècle que de nombreux hakkanais se sont installés à Taiwan. Leur langue, le hakkanais, est peu parlée sur l'île, et se perd petit à petit chez les jeunes générations.

 

©Jean-Robert Thomann - Août 2002